Suzanne, au détour d’une conversation avec une amie, découvre l’existence de la formation « Holocauste, Police et Droits Humains » organisée et animée conjointement par l’Académie nationale de police, Unia et la Kazerne Dossin pour les membres de la police intégrée. Cette formation atypique s’articule autour d’une formation d’accompagnateurs ouverte à tous membres de la police qui, à leur tour, dispenseront une journée de sensibilisation à leurs pairs.

Plus de 10.000 participants ont suivi cette journée de sensibilisation : des membres du personnel désireux d’en connaître davantage sur le sujet, des agents contraints d’aller en formation suite à un comportement inadmissible dans leur chef ou dans le chef d’un de leurs collègues. Elle s’adresse autant au cadre opérationnel qu’au cadre administratif et logistique. Celle-ci est animée par des membres de la police intégrée formés comme accompagnateur.

Cette formation d’accompagnateurs, quant à elle, est d’une durée de 5 jours avec 2 journées de suivi 2 fois par an et vise, entre autres, à expliquer les mécanismes qui conduisent une personne ordinaire à commettre les actes les plus abominables tels que ceux pratiqués lors de génocides. Les policiers sont, ainsi, invités à réfléchir aux marges de manœuvre dont ils disposent pour résister face à la violence institutionnelle ou individuelle. Par ailleurs, ils explorent les manières de sortir des dilemmes éthiques provoqués par certaines situations.

Suzanne est surprise par ce que lui raconte son amie : former à l’interrogation éthique et au courage moral, s’interroger sur ses propres réactions face au comportement inapproprié d’un collègue ou à un ordre non conforme à ses valeurs, pourquoi une formation telle que celle-là aujourd’hui ? Elle a le sentiment qu’il y a des proximités dans l’intention et l’approche avec ses propres pratiques de formation. Que pourrait-elle en apprendre ? Elle décide de rencontrer l’équipe de formation.

En février 2020, à l’académie nationale de police, à Etterbeek, elle rencontre donc la coordinatrice du projet Ellen Van den Broeck , commissaire de police détachée de la zone de police de Mechelen-Willebroek à la Kazerne Dossin; Claire de Reuck, formatrice et accompagnatrice au sein d’Unia, et Alain Simon, policier, inspecteur principal, formateur depuis 30 ans à l’Académie nationale de police ; tous les trois sont par ailleurs membres du comité de pilotage de cette formation qui se déroule dans les bâtiment de la Kazerne Dossin.

Depuis fin 2012, ce lieu est à la fois un mémorial, un musée sur l’Holocauste et les Droits Humains et un centre de documentation. « C’est un musée inscrit fondamentalement dans un projet éducatif sociétal où la citoyenneté, la résistance démocratique et la défense des libertés fondamentales individuelles sont au centre... » a rappelé le conseil d’administration début mars 2020. La visite de ce lieu participe du travail de questionnement.

La formation, quant à elle, existe depuis 2014 sur base d’un constat : « Le rôle, les dilemmes éthiques, les stratégies des différentes polices communales ou de la gendarmerie pendant la seconde guerre mondiale peuvent nous aider à questionner les pratiques actuelles » diront-ils lors de cette rencontre. Ils inviteront Suzanne à suivre une journée de sensibilisation. Elle passera cette journée animée par Alain pour un groupe d’agents de sécurisation.

Cette fonction a été créée dans la foulée des attentats pour permettre aux militaires de reprendre leurs fonctions premières. Ce sont des policiers chargés en outre de sécuriser les sites nucléaires, les institutions nationales, internationales et européennes tels que l’OTAN ou d’assurer le transfert des détenus. Ces agents sont sélectionnés sur base des compétences, de l’implication, de l’engagement, de la persévérance, de l’autonomie, de la vigilance et de l’intégrité.