Par Éric VERMEERSCH

Et si Europe, cette fille improbable de CECA , tournait enfin la page sur cette filiation douteuse ? Elle bat le beurre la vieille. Soixante-trois ans qu’elle court pour rassembler des âmes sous un projet commercial, filant devant tous les enjeux du monde sans les voir, comme une touriste trop pressée. Fredonner du Beethoven avec ses enfants ne trompe personne.

Et si Europe se fichait des empires ? Oncle Sam agonise, rattrapé par son obésité morbide. Tante Li se fourvoie dans une rigueur millénaire. Le Tsar de Russie se parfume à l’Eau de Goulag.

Et si Europe regardait enfin sa donne ? Elle comprendrait que ses peuples et leurs cultures millénaires sont autant d’atouts qui font une bonne main. Elle ne braderait plus la culture aux boutiquiers de la finance. Elle ne vendrait plus la riche histoire sociale de ses enfants au capital le moins offrant. Et si Europe se souvenait des drames qui ont jalonné la vie de ses pères pour en protéger définitivement leurs enfants ?

Et si Europe regardait posément et sans fébrilité ce qu’elle n’a pas en comprenant, rieuse, qu’on a bien plus besoin d’idées que de pétrole et que demain, quoi qu’il arrive, elle devra faire face à des ressources limitées sur une planète en crise ?

Et si Europe lâchait la main de parrain Manu et marraine Angela et disait leurs quatre vérités aux tontons Rutte et Orban, sans regrets pour le cousin Boris, sans un regard à tous les petits tarés de la famille ?

Et si Europe planchait sur un véritable projet, réaliste, sans fausses promesses, sans langue de bois mais porteur d’espérance et d’avenir sans faire semblant que tout va quasi pour le mieux dans le meilleur des mondes ? Avec ses citoyens, ses académiques, ses élites économiques, culturelles et sociales, elle proposerait un projet qui replace le bien-être de tous ses habitants, dans un environnement sauvegardé, au centre de ses préoccupations, sans concessions.

Et si Europe était consciente qu’elle est seule à pouvoir prendre la main ? Elle a la chance et la force d’infléchir le cours de son histoire, elle ne peut attendre cela des états, ces Petit Poucet sans cailloux dans la plus sombre des forêts.

Et si Europe se faisait confiance et comprenait que demain, elle pourrait alors bien devenir l’exemple à suivre, loin de la course à la performance pensée par une poignée au profit de quelques-uns ?

Et si Europe n’avait pas peur de se faire traiter d’idiote, de bisounours, de rêveuse ? C’est le dur lot des visionnaires. Si Europe comprenait qu’il n’est pas plus incongru de vouloir construire un projet ambitieux et inclusif en revoyant sa copie que de suivre aveuglément un marché assoiffé de passedroits autant que de devises ?

Et si Europe comprenait que 447 millions d’âmes méritent bien ce projet ambitieux tourné vers l’avenir.

Et si Europe, pour impulser la chose, commençait par y mettre 750 milliards d’euros ?