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Par Eric VERMEERSCH

 

Voici une recette d’après fêtes. Il vous faut : une idée, un paquet de roublardise, une bonne dose de mauvaise foi, un peu d’huile de coude, un gros soupçon de malhonnêteté, deux cuillères à soupe d’opportunisme et  un beau bouquet de sémantique. Voici une recette d’après fêtes. Il vous faut : une idée, un paquet de roublardise, une bonne dose de mauvaise foi, un peu d’huile de coude, un gros soupçon de malhonnêteté, deux cuillères à soupe d’opportunisme et  un beau bouquet de sémantique. 


Battez vigoureusement l’idée dans un faitout. Choi-sissez de préférence une idée inutile à l’humanité. Il suffit de trouver quelque chose qui fasse illusion. Un jeu vidéo, un service de livraison, un sac à main de grand luxe, un produit bancaire foireux, une crème de soin, même un mauvais programme informatique. 


Quand l’idée a bien pris, emballez, vendez et engrangez vos premiers bénéfices. Ouvrez alors un paquet de roublardises. Faites gober au monde entier que les temps sont durs. Les politiques vont rapidement déréguler le marché du travail et vous offrir des monceaux de ristournes. S’ils tardent, invitez-les à votre table. Pour profiter pleinement des cadeaux, jetez le bouquet de sémantique dans votre mixture : vos travailleurs sont désormais des partenaires, à vos côtés sur les flots déchainés de la concurrence. Si d’aucuns se plaignent, ajoutez une bonne dose de mauvaise foi en affirmant qu’après tout, vous méritez votre réussite. Si d’autres qui travaillent dur et utilement n’engrangent que quelques piastres, c’est qu’ils ne méritent pas autre chose. C’est une loi naturelle.  Achevez enfin le paquet de roublardise en clamant que vous croulez sous les taxes. Vos «serviliteurs» diminueront l’impôt derechef. Vous pouvez faire mieux encore ! Ajoutez une bonne pincée de malhonnêteté, au point où vous en êtes ne vous gênez pas. Délocalisez au maximum le travail dans les enfers sociaux et vos bénéfices dans les paradis fiscaux.  A ce stade, votre idée a atteint son rendement maximum. 


Rassurez-vous, ce n’est pas fini, il y a encore moyen de se faire de l’argent. Incorporez une première cuillère à soupe d’opportunisme et investissez vos bénéfices dans les médias. Il vous faut, en effet, continuer à instiller  votre mauvaise foi. Premièrement, faites en sorte que ceux qui vous contredisent passent pour de dangereux terroristes. Ensuite, clamez haut et fort que l’impôt est une injustice, un vol. C’est d’autant plus facile que le peuple paie déjà à votre place. Il en a marre. Il ne  faudrait pas trop le pousser pour qu’il envoie promener les derniers vestiges du modèle social et des services publics, financés aujourd’hui par une fiscalité injuste. Insistez bien. Poussez-le à exiger vos nécessaires réformes. 

 
Vous  abattez alors votre dernière cuillère à soupe d’opportunisme. Vous vous offrez l’Etat. Vous achetez les plus beaux  lots des assurances pensions et santé, les hôpitaux, les maisons de repos, des pans entiers de la culture et j’en passe. Attention, il vous faut ici du discernement. N’achetez pas n’importe quoi ! Tout n’est pas rentable. N’allez pas investir dans l’éducation permanente, l’aide aux plus démunis, les maladies orphelines, l’assurance chômage pour tous, la lecture publique ou des conneries pareilles ! Prenez bien soin de laisser cela à l’Etat et s’il ne peut rien en faire faute de moyens, ce n’est pas votre problème. 
 
Un conseil encore. Préparez un plan «B». Les flics sont avec vous, allez comprendre, mais restez vigilants. Il nous arrive à tous de rater un bon petit plat. La sauce peut «tourner», le soufflé peut retomber. Investissez dans un abri bien caché, en Suède ou en Nouvelle Zélande par exemple.  Choyez aussi plus que de raison quelques personnes de confiance et ayez un avion toujours prêt à décoller. Parce que si ça rate... ça ne va pas le faire ! 
 
Bonne année à tous.